C’est dans cette érosion permanente qu’évolue la géographie de ce lieu particulier. Les avaloniens qui vivent ici ont développé un art de vivre et une façon de se déplacer bien particulière. C’est justement ce à quoi Merlin s’affaire actuellement. Il traverse une crevasse d’une dizaine de mètres de large sur un pont suspendu réduit à sa simple structure, c’est-à-dire trois cordes tendues : une pour les pieds, une pour le corps et la dernière pour les mains.
Dans toute la région, à chaque passage de ce genre est suspendue à la corde de corps une petite boite en bois — qui peut être récupérée de n’importe quel côté — possédant tout le nécessaire pour traverser : une boucle de fer, un anneau, et une corde pour la taille. Bien entendu, personne n’aurait l’inconscience de voler ce genre d’objet, car il s’agit des us et coutumes de survie en ce lieu hostile. Malheur à celui ou celle qui tenterait une telle vilénie.
Merlin range l’équipement dans le coffret prévu à cet effet puis continue son chemin vers le littoral.
La grande étendue bleue diffuse son air iodé caractéristique. Les vagues, à plus de trois cents mètres en contrebas, continuent inlassablement à attaquer la roche, s’y écrasant dans d’immenses gerbes d’écume blanche. Seul un murmure étouffé parvient aux oreilles du druide, alors qu’il s’agit d’un véritable vrombissement lorsque l’eau explose sur la roche blanchie par le soleil. Au loin se dresse une autre falaise tout aussi verticale et implacable, recouverte de quelques buissons rachitiques qui résistent aux éléments déchaînés. Tout à coup, une forte bourrasque pousse Merlin vers le vide. Mais le vieillard se raidit et s’accroche dur à son bâton en se tournant face à la brusque attaque venteuse, évitant ainsi une chute fatale. Grommelant de mécontentement, il reprend sa route vers l’intérieur du continent.
Après plusieurs heures de marche chaotique à subir les assauts des vents marins, le druide pénètre dans l’un des plus larges défilés. À l’entrée de celui-ci se dresse deux aiguilles de roche isolées dans l’eau, mais s’élançant à près de deux cents mètres de hauteur. Leurs bords présentent une multitude de rayures horizontales empilées, noires, brunes, et rouges, témoins d’un passé géologique mis à nu par l’eau salée. La montée commence à devenir plus raide, mais la vue n’en est que plus splendide. Après une heure de progression, le fjord devient encore plus étroit et la nouvelle topographie ne permet plus de voir le bras de mer qui gît au fond. L’endroit est devenu une simple faille insondable, à la triste teinte rocheuse uniforme.
Plus loin, en haut d’une pointe saillante, Merlin remarque en contrebas des maisons accrochées aux falaises près d’une petite surface pentue herbeuse garnie de quelques arbres. Il devine aussi une importante chute d’eau derrière, à cause du brouillard permanent qui stagne dans cette partie de la crevasse ; et dans ce flou gris clair en suspension se dessine un petit point noir qui attire son attention. Il tourne son regard vers le versant opposé qui est lui aussi occupé par d’autres habitations, dont une cabane typique au grand toit allongé : un convoyeur aérien.
Tout à coup, il entend des bruits de pas derrière lui. En se retournant brusquement, il a juste le temps de voir un enfant courir vers une maison et entrer dedans à toute vitesse en hurlant :
— Papa, papa, y’a quelqu’un y’a quelqu’un !
— N’ayez aucune crainte sur les motifs de ma présence, je suis juste à la recherche du clan des Cerddorion.
Un homme corpulent prend la parole :
— Ils sont au plus profond des falaises, là où peu de personnes peuvent aller. Quand j’étais gamin, un voyageur solitaire était venu jusqu’ici pour les trouver. Mais il est revenu bredouille deux mois plus tard après avoir épuisé tous les sentiers des grands canyons qui sont à une semaine de marche d’ici.
— Les passages qui mènent aux niveaux inférieurs des grands fjords sont protégés par la magie des bardes, c’est normal qu’il n’ait rien trouvé, explique le druide.
— Ah bon ? répond-il peu convaincu. Je pense que c’est une légende. Même dans la mémoire de nos ancêtres et les transmissions orales, ils ne sont pas localisés clairement dans les falaises. Ce sont des dieux, ils ne sont sûrement pas à Avalon !
Merlin sourit par politesse et rétorque :
— Ce ne sont pas des dieux, mais les descendants de la Déesse Ceridwenn et du Géant Tegid Vael. Ce lieu est celui qui l’a vu naître, et il y a toujours sa dalle magique sur la faille de Gorre. La caste des harpistes est directement liée à eux, et leurs récits sont les paroles des dieux eux-mêmes. Je suis persuadé que je les trouverai dans ces falaises.
Des murmures parcourent l’assistance, et l’interlocuteur de Merlin avale sa salive, intimidé par tant de savoir et de certitude. Il s’incline, car les druides ont aussi un peu de divinité en eux, du moins, c’est ce qu’on raconte. Mais il ne va pas risquer de courroucer son invité avec ce genre de détail.
— Vous souhaitez donc gagner un peu de temps en passant sur le convoyeur ?
— Oui, et je vous propose mes services en échange.
— Bien, nous ferons une réunion ce soir et vous traverserez demain.
— Entendu, fait Merlin.
Le chef du village parle ensuite à l’attroupement :
— Mes amis, nous avons un druide parmi nous aujourd’hui. Transmettez-moi vos souhaits et doléances au coucher du soleil. Nous ferons bombance et honorerons notre invité ce soir. Qu’il en soit ainsi.
Puis il claque fort dans ses mains pour disperser les badauds. Il se tourne ensuite vers Merlin :
— Excusez-moi mais je ne me suis pas présenté, je m’appelle Bronach.
— Il n’y a pas de mal, je suis Merlin.
— Enchanté. Vous pouvez vous reposer ou visiter notre bourgade. Il n’y a pas grand chose à voir ici, mais nous avons un savoir-faire inégalable dans les cordages et la petite ferronnerie. Par contre l’atelier se trouve en face, précise-t-il avec un air débonnaire. Vous pourrez donc le voir demain. Sinon si ça vous intéresse, le Village des Leprechauns est à une petite heure de marche de l’autre côté de la cascade, explique-t-il avec un haussement d’épaule.
Puis laissant Merlin seul à l’entrée du hameau en s’éloignant avec un geste de la main, il crie :
— À ce soir !

Des descriptions toujours aussi pittoresques!
J’aurai du mal s’il me fallait choisir un lieu de villégiature préféré en Avalon.
Vivement l’adaptation cinématographique pour pouvoir profiter des images^^
Je me méfie des facéties qu’on pourrait subir au village des Leprechauns, et puisqu’on a besoin de matos, je propose d’aller voir le frangin sans plus attendre.
On pourra toujours se reposer un peu ensuite (et récolter quelques Uva Ursi au passage).
Pourquoi est-ce qu’on recherche les Cerddorions, au juste ? Ce n’est pas clair. Est-ce que c’est parce que ce sont les seuls susceptibles de nous fournir le matériel dont on a besoin pour le gouffre ? Si c’est le cas, je vote pour aller voir les Leprechauns. Si on peut obtenir le matos ici, allons voir le frangin.
@Tholdur : Merci. Je contacte Spielberg de suite v(^.^)b
@Outremer : Dans chaque lieu, Merlin cherche des infos susceptibles de l’aider. Je ne liste pas tout ce qu’il connait, mais il sait où il va. Effectivement, ça peut être frustrant quelque fois, mais j’ai conçu mon AVH comme ça. À la rigueur, je pourrais rajouter un peu de dialogue/texte pour informer le lecteur sans que ça nuise à la cohérence. Si vous n’aviez pas l’info pour “rechercher le matériel” comme tu dis, ça ne te tracasserais pas plus que ça.
Je me rend compte cependant que dans cette configuration le lecteur puisse être perdu… Je n’y avais pas pensé.
Je vais réfléchir et voir s’il n’y a pas une autre façon d’éviter des “conflits d’informations” dans ce lieu. Si je trouve une astuce, je ferais les modifications nécessaires.
Youpi
Modifications faites :
Il y a désormais plus d’infos dans le dialogue afin de moins frustrer le lecteur (et lui donner une vue un peu plus clair pour la suite et les raisons de la visite). Dis-moi si cela te convient Outremer.
J’ai ensuite déménagé l’atelier “en face” (dans la 2° partie du village) pour éviter la collision avec le mot de passe. Ce dernier vous sera demandé après le passage en “téléphérique”, ce qui évitera des maux de crânes
Il n’y a donc plus que 2 choix à ce stade : le village ou le repos.
Merci de revoter pour que ce soit clair ^^
Reposons-nous pour regagner quelques Points de Vie !
Ah oui, c’est vrai qu’on n’a pas de PV dans cette aventure. Alors je vote pour aller voir les Leprechauns !
Viviane : Je comprends bien ton approche et il est certain que ce n’est pas toujours évident. La façon que tu as trouvée d’insérer quelques informations me paraît très bien.
Je souhaite aller cueillir les fruits (Uva Ursi) avant d’aller faire une bonne sieste.
Pendant notre sommeil on se fera peut-être voler nos affaires par des Leprechauns de passage, mais cela nous fournira une excellente raison d’aller leur “rendre une petite visite” par la suite…
Par simple curiosité, je vote pour aller rendre visite aux Leprechauns.
« (…) des bras de mers » : je mettrais « mer ».
« Tous les torrents et rivières (…) œuvres (…) » : « œuvrent ».
« (…) un art de vivre et une façon de se déplacer bien particulier » : « particuliers ».
« (…) la Corde de Corps » : pourquoi mettre une capitale à ces deux mots ?
« (…) qui peut être récupéré » : « récupérée » (il s’agit de la boîte).
« (…) des us et coutumes de survies » : « survie ».
« (…) trois cents de mètres » : enlever le « de ».
« (…) d’immenses gerbes d’écumes blanches » : « d’écume blanche ».
« (…) les jolies baies rouges qui agrémente » : « agrémentent ».
« (…) des habitations alentours » : « à l’entour » ou bien « aux alentours ».
Bon on va aller voir les lutins alors ^^
@Jehan : Mici (^^)
lol
T’en penses quoi
« (…) un art de vivre et une façon de se déplacer bien particulier » : « particuliers ».
L’adjectif est juste pour le déplacement, on a faux tous les deux
« (…) la Corde de Corps » : pourquoi mettre une capitale à ces deux mots ?
Ben en fait, je considère que chaque corde a un nom, donc les majuscules me paraissaient appropriées…
J’en pense que c’est toi qui choisis. : ) En ce qui me concerne, j’enlèverais les capitales, il s’agit là d’objets communs, comme tu dirais le pont de gauche et le pont de droite, sans capitale initiale.
Bon d’accord, j’ai enlevé (en plus ça faisait bizarre finalement).
Ça m’a permis de voir un magnifique :
…après voir épuisé tous les sentiers