— Qui êtes-vous ? lance-t-elle en se recroquevillant.
Les petits envahisseurs ont interrompu leur invasion pour observer la scène avec intérêt.
— Je suis la fée Viviane. Il me semble que je viens de rompre un charme en entrant à votre contact.
Puis regardant autour, elle remarque que les regards étrangement humains des autres animaux, persuadée que sa magie opérera de nouveau.
— Et vous, qui êtes-vous ? questionne-t-elle à son tour.
— Je suis Gwenaby, femme de Llwyt. Moi et ma suite avons été ensorcelés par Pwyll, Prince de Dyfed afin que celui-ci prenne le contrôle de notre contrée.
Viviane se baisse alors pour rendre forme humaine aux êtres envoûtés.
— Qui a osé rompre mon charme ?
Viviane se relève et fait face à l’ectoplasme :
— Moi ! Je suis une fée, et j’ai rendu leur destinée à ses gens. Qui que vous soyez, vous n’aurez plus d’emprise sur eux.
Tendant ensuite le doigt avec une attitude théâtrale :
— Partez maintenant ! Et n’importunez plus les gens qui voguent sur cette mer.
Avant que quiconque n’ait pu faire un signe, le pirate fantomatique et son embarcation spectrale s’estompent rapidement puis disparaissent totalement, laissant comme seule trace le clapotis des vaguelettes nocturnes.
— Vous le connaissez ? couine-t-elle en fronçant les sourcils.
— Oui, c’est Pwyll, notre terrible ennemi.
Puis s’agenouillant devant la fée, elle supplie :
— Pitié, ramenez-nous dans notre pays.
— Mais je ne sais pas où c’est !
C’est alors que les corps des personnes libérées du joug du tyran s’estompent aussi à leur tour, hurlant devant la vision de leur propre dissipation. Viviane tente de prendre la femme par le bras mais elle ne rencontre que de l’air. Au fond de sa tête résonne l’ultime cri de panique de Gwenaby :
— Le Tertre d’Arbreth, retrouvez le Tertre d’Arbreth…
— C’était mon père…
— Comment ?
— La fantôme, c’est mon père, je vous dis.
Puis le visage en larmes :
— Je ne savais pas qu’il était mort… Quelle horreur, sanglote-t-il.
C’est au tour de Viviane de le secouer fortement en lui serrant les épaules :
— Ressaisissez-vous Prydéri, j’ai besoin de vous.
Il acquiesce d’un mouvement de la tête tout en reniflant fortement.
— Connaissez-vous le Tertre d’Arbreth ?
Nouveau reniflement tonitruant.
— Oui, bien sûr. Il se trouve à Dyfed, près du château de mon père.
— Savez-vous si ce lieu mène quelque part ?
— Non.
Viviane soupire de dépit, mais elle tient déjà une piste :
— Où se trouve le pays de Dyfed ?
— Dans les Steppes des Neiges.
— Merci Prydéri, lui dit-elle en le réconfortant.
— Laissez-moi maintenant. À chaque fois que je vous vois, je n’ai que des mauvaises nouvelles. Seriez-vous une mauvaise fée ?
Viviane fait des yeux ronds, outrée par ces paroles, bien qu’elles soient justifiées par les derniers événements vécus par le jeune homme.
— Absolument pas ! Il n’existe pas de mauvaise fée, enfin.
Elle approche son bras pour le réconforter, mais il esquive rapidement et s’en va la tête basse :
— Adieu.
Quelque soit le choix de Viviane, notez le code “Arbreth” sur la Feuille d’Aventure.

Je ne sais pas trop…
Pour moi le sort de charme doit être utilisé pour se concilier temporairement les bonnes graces de quelqu’un d’anthipathique, ou obtenir plus facilement un rensiegnement qu’on veut cacher, mais là je trouve que çà va trop loin, car c’est carrément forcer quelqu’un à changer d’opinion contre sa propre volonté.
Je ne sais pas si j’arrive à bien me faire comprendre, mais je refuse de “jouer” comme çà avec une personne et d’une pichenette lui changer ses sentiments profonds juste pour pour qu’il se range de notre côté.
Après, si c’est uniquement pour effacer son immense chagrin, et uniquement pour celà, sans qu’il y ait une contrepartie avantageuse pour notre personnage, je vote pour utiliser le charme, parce que je pense qu’il ne mérite pas qu’on le laisse tomber comme une vieille chaussette.
N’étant pas une fée, je me permets d’être plus insensible : qu’il aille se faire cuire un oeuf ! Nous ne sommes pas responsable de ses malheurs, il en aurait été informé tôt ou tard même sans nos interventions et, de toute façon, il commence à me courir sur le haricot. Je vote pour garder notre sort pour une occasion où il nous sera plus utile, non mais oh !
Au fait, est-ce qu’il n’y a pas une légère incohérence structurelle dans ses reproches ? Nous avons choisi de lui parler de la grossesse de sa femme (la mauvaise nouvelle précédente) mais j’imagine qu’il était possible de ne pas le faire.
Contrairement à Outremer, je comprends la réaction du type. Mais ça ne justifie pas de le manipuler, donc je laisse tomber le sort. Même interrogation, cependant : ne pouvait on pas atteindre ce billet sans lui avoir parlé de la grossesse de sa femme ?
« Tendant ensuite le doigt avec une attitude théâtrale » : il manque un espace entre « théâtrale » et les deux-points qui suivent.
« Avant que quiconque n’ait plus faire un signe » : « n’ait pu ».
« (…) hurlant devant leur vision de leur propre dissipation » : je mettrais « la vision », plutôt.
« Prydéri la ramène à la réalité la secouant » : « en la secouant », non ?
@Jehan : Merci pour les corrections. Je réponds à ton interrogation ci-dessous.
@Outremer : Non, il n’y aura pas d’erreur d’aiguillage. Comme je n’ai pas de hasard dans mon AVH (pas de lancer de dé), j’ai opté pour un moyen un peu moins conventionnel dans certains cas comme celui-ci (et qui existe aussi dans quelques LDVELH car déjà vu). En fait, votre 1° choix déclenche un événement spécifique (plutôt que de faire lancer un D avec 3 résultats différents). Je ne sais pas ci cela vous convient. Par exemple (mini-spoiler), si vous aviez demandé le chemin pour aller à l’Île de Verre, il y aurait eu une attaque de sirène. Merci de me donner votre avis sur cette utilisation des choix un peu spécial.
@Tholdur : Je pense que tu interprètes le sort un peu trop “caricaturalement” (barbarisme inside). Si tu relis la définition du sort, tu verras qu’il peut aller jusqu’à la mort de la personne charmée. En fait, l’utilisation du sort n’est pas forcément axée sur une axe bien/mal. Il peut y avoir des utilisations plus pratique voire pernicieuse comme celle évoqué dans ce billet. On est plus dans une gestion de l’éthique personnelle du personnage principale. Jusqu’où peut-on utiliser ses pouvoirs ? Tu as clairement énoncé ton avis, mais l’autre voie peut aussi être envisagée. Il faut juste voir les choses différemment.
J’avais un peu hésité à agrémenter mon AVH avec des considérations morales en parallèles de l’utilisation purement mécanique (obtenir des infos pour l’aventure) habituelle. Pensez-vous que ce soit une bonne chose qui rende l’œuvre plus intéressante ou cela parasite-t-il l’intérêt du jeu ?
Pour les considérations morales cela dépend du personnage que l’on est censé incarner. Pour ma part j’ai l’impression que grosso-modo Viviane et Merlin sont d’alignement “bon” sur l’échelle “chaotique, mauvais, neutre, bon, loyal”. Et donc je trouve qu’il serait juste de “pénaliser” les écarts de conduite comme dans tout JDR, même si cela est défavorable au personnage (dans le cas présent, on “gaspille” un sort qui pourrait être utile ailleurs).
Après si les personnages sont “neutres”, de telles contraintes n’ont pas lieu d’être.
EDIT :
Je me suis mal exprimé pour la fin du post.
Je voulais dire qu’on devrait suivre la voie tracée par notre personnage, même si cela lui est défavorable. Vouloir garder en réserve un sort pour “plus tard” alors que le cœur nous dit de l’utiliser tout de suite, c’est jouer contre la nature d’un personnage bon.
Après si on estime que c’est agir en personnage “bon” de ne pas l’utiliser, il faut pouvoir le justifier (ici c’est pour laisser son libre arbitre au personnage qui autrement subirait le sort).
C’est là où se situait le dilemme pour moi, je voulais agir en personnage bon (notons que cela n’a pas toujours été le cas – cf Gobniu) et je ne savais pas trop quelle était la “bonne” attitude. Mais puisque j’ai justifié mon choix (volonté de laisser le libre arbitre au personnage en face), je pense qu’un MJ ne devrait pas “pénaliser” mon choix même si ce n’est pas celui qu’il attendait d’un “personnage bon”, du moment qu’il reconnaisse la validité de mon argumentaire.
Mais bon ce n’est pas un JDR et on n’est surtout pas forcé d’ergoter autant
Pour te répondre, Vi, je n’ai rien à reprocher à ce choix. Tant que ce genre de situation ne se répète pas trop souvent, ça me va très bien.
Désolée pour le retard. J’ai fusionné les 2 commentaires consécutifs de Thodur.
@Jehan : Ta remarque est ambiguë. Qu’est-ce que tu appelles “pas trop souvent” ? Tu ne reproche rien au choix mais tu sous-entends qu’une “forte” récurrence seraient déconseillée. Pourquoi ?
@Tholdur : Je trouve que tu D&Dises un peu trop
Même si effectivement Merlin et Viviane ne sont pas des vilains-pas-beaux, ce ne sont pas des anges non plus. J’ai créé des vrais personnages, avec leurs qualités, leurs faiblesses, une certaine personnalité (cf Gobniu comme tu l’as bien dit). J’essaye d’éviter les cases loyal/bon/mauvais, car on a vite fait de stéréotyper les comportements, et l’aventure n’aurait pas d’intérêt si le résultat d’un choix bon/mauvais restait sur le schéma récompense/punition (trop prévisible, j’entends).
Pour “métagamer” un peu, disons qu’effectivement ce choix n’est pas un événement majeur de la quête. Mais même si son inutilité mécanique dans la progression de l’histoire est avérée (vous ne récupérerez ni code ni objet qui vous fera avancer), il a juste un intérêt de profondeur par rapport au personnage (avec comme seule implication l’utilisation d’un sort unique effectivement, mais c’est tout l’intérêt de ce choix). C’est comme si vous aviez le choix entre un gauche/droite qui vous ferait passer la forêt sans encombre / combattre un Ours sans autre bénéfice que de rajouter un peu d’action à l’aventure (au risque de mourir avec des lancés de dés capricieux). Ici, l’action de l’aventure est plus sur la psychologie du personnage. Ensuite, c’est à vous de décider le point primordiale de votre choix (garder le sort, gérer l’état d’âme de Viviane, voire ne pas changer le libre-arbitre de Prydéri comme l’a fait remarquer Tholdur).
Je trouverais juste dommage qu’on ne puisse accéder à des situations intéressantes parce qu’elle seraient conditionnées à un choix qui ne leur est pas lié scénaristiquement, car ça limiterait les possibilités d’exploration alors que le système de jeu est basé sur la liberté de mouvements.
Mais c’est la première fois de l’aventure que ça arrive, et c’est plus ou moins justifié par la trame « Vi porte la poisse », donc, à une fréquence pareille, ça ne me gêne nullement. Voilà, ai je été clair ? ^^
Ah oui, d’accord. Merci pour la précision, je n’avais absolument pas compris ta remarque comme ça.
Je suis effectivement d’accord avec toi, mais ce n’est pas évident non plus de mettre de genre de choix sur une “voie principale”, le degré de liberté étant très élevé, il est difficile de rendre ce genre de possibilité incontournable. Déjà, il est possible de finir l’aventure sans passer par ce code “Kaletvwich”…
J’ai un peu de temps ^^
En rendant ce code “Kaletvwich” utilisable dans les 2 sens GewissaeMag Tuiredh, j’ai oublié de le gérer AUSSI à la fin (quelle tête de linotte
). Je viens donc de modifier le billet (…elle peut laisser la situation telle qu’elle, et finir son voyage seule. Dans ce dernier cas, allez au billet correspondant à votre ville de destination (Gewissae – Le Port ou Mag Tuiredh – Port Civil).). Il y a effectivement 2 fins possibles, une par destination ! Désolée ^^;
Le choix s’est donc porté pour ne pas utiliser le Charme (Jehan+Outremer Vs Tholdur). Et on va directement vers le billet dont l’arrivée se trouve à Mag Tuiredh.